Mercredi 9 janvier 2008
3
09
/01
/2008
09:54
Un dialogue original entre Freud et un inconnu dont on ne sait pas si c'est un fou ou si c'est Dieu !
L'INCONNU. Alors vous ne voulez pas croire parce que cela vous ferait du bien !?
FREUD
(violent). Je ne crois pas en Dieu parce que tout en moi est disposé à croire! Je ne crois pas en Dieu parce que je voudrais y croire! Je ne crois pas en Dieu parce que je serais
trop heureux d'y croire!
L'INCONNU
(toujours un peu badin). Mais enfin, docteur Freud, si cette envie est là, pourquoi la refouler ? Pourquoi vous censurer ? Si je me rapporte à vos travaux...
FREUD. C'est un désir dangeureux !
L'INCONNU. Dangereux pour quoi ? Pour qui ?
FREUD. Pour la vérité... Je ne peux pas me laisser bluffer par une illusion.
L'INCONNU. La vérité est une maîtresse bien sévère.
FREUD. Et exigeante...
L'INCONNU. Et insatisfaisante !
FREUD. [...] Le croyant avance en pensant qu'il y a une porte au bout du tunnel, qui s'ouvrira sur la lumière... L'athée sait qu'il n'y a pas de porte, qu'il n'y a d'autre lumière que celle-là même
que son industrie a allumée, qu'il n'y a d'autre fin au tunnel que sa propre fin à lui... Alors nécessairement ça lui fait plus mal quand il se cogne au mur... ça lui fait plus vide quand il perd
un enfant... ça lui est plus dur de se comporter proprement... mais il le fait ! Il trouve la nuit terrible, impitoyable mais il avance. Et la douleur devient plus douloureuse, la peur plus
peureuse, la mort définitive... et la vie n'apparaît plus que comme une maladie mortelle...
L'INCONNU. Votre athée n'est qu'un homme désespéré.
FREUD. Je sais l'autre nom du désespoir : le courage. L'athée n'a plus d'illusions, il les a toutes troquées contre le courage.
L'INCONNU. Qu'est-ce qu'il gagne ?
FREUD. La dignité.
L'Inconnu s'approche de Freud. Il semble doux, sincère.
L'INCONNU. Tu es trop amoureux de ton courage.
Extrait du Visiteur d'Eric-Emmanuel Schmitt.